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Le concept du mur végétal et la ville francaisdeutsch

Entretien avec Patrick Blanc
Sophie Rousseau, Danièle Weiller pour BCJ

 

BCJ.: Biotope City se préoccupe des problèmes de réchauffement de la terre. Le mur végétal peut-il contribuer à la lutte contre les effets néfastes de la pollution atmosphérique ?

Patrick Blanc: Oui sans conteste ! Mais je ne peux pas vous répondre avec précision, ni donner des pourcentages. Cela ne va probablement pas sauver les villes mais ça pourrait aider. Les plantes consomment les hydrocarbures au niveau des racines. Les micro-organismes sont efficaces s’ils respirent de l’oxygène, donc si les racines peuvent respirer. Il est important qu’elles soient en contact avec l’air.

Si la température est constante, l’efficacité est plus grande. Les plantes que j’étudie sont des plantes tropicales qui vivent à l’ombre et à l’abri des grands arbres, là où la température est constamment à 25 degrés. A la cime des arbres il fait 20 degrés la nuit et parfois 40 degré le jour. Être à l’abri du vent est aussi un facteur important.
Un autre intérêt du mur végétal est de servir refuge pour les oiseaux. Ils sont à l’abri des chats qui ne peuvent pas grimper sur les murs verticaux. Les oiseaux ont la mémoire de l’heure des arrosages. Et les insectes ? On m’a déjà posé la question. Certaines personnes ont peur des insectes, mais je n’en ai pas importé des pays tropicaux avec les plantes. Si un chercheur a pu en trouver à Créteil, en étudiant le mur de la cascade de France, cela prouve seulement qu’ils étaient déjà là.

BCJ: A votre avis, les gens sont-ils favorables à ce mode d’introduction de la nature dans la ville ?

Il peut y avoir des réticences, la crainte de voir arriver la nature là où on ne l’attend pas. La peur que les plantes ne deviennent trop grandes, que les feuilles tombent, que les moustiques  soient envahissants. D’un point de vue positif, mes interventions offrent la possibilité de profiter de la nature sans faire la démarche d’aller vers elle. On n’a pas toujours la possibilité de passer du temps dans un jardin - c’est un luxe.

BCJ: Nature et artifice : le mur ne présente-t-il pas un caractère artificiel et n’est-il pas perçu comme tel ?

Le support est totalement artificiel, je n’utilise pas de matériaux biodégradables car cela ne marcherait pas. Cela se passe comme sur la roche, dans la nature. 

J’ai commencé mes recherches dans ma chambre, à 16, 17 ans, avec un aquarium. Je suis allé en Malaisie à 19 ans. Là, j’ai vu des plantes pousser sur des rochers où il y avait des mousses : c’était plus humide que sur les troncs d’arbre. Au début je me servais d’une serpillière sur du plastique mais çà puait !!  A 20 ans j’ai utilisé le feutre, j’ai cru que c’était une bonne idée, mais çà se dégradait. Alors j’ai eu recours à du feutre synthétique.
Vos réalisations témoignent d’une approche esthétique. Au préalable, vous faites des compositions. Si vous pouviez intervenir à grande échelle où feriez-vous vos murs végétaux ?
Il y a beaucoup de murs très laids dans Paris. A l’angle de la rue de Turenne et de la rue de Rivoli par exemple. Mais je ne le ferais pas dans une cour d’un bel hôtel du Marais !!

BCJ: D’une façon plus générale, quels seraient vos critères de sélection ?

Ce ne serait pas les beaux quartiers d’Haussmann, mais des lieux délaissés : les gares, les dessous de ponts, les parkings, les murs pignons. Pour l’ambassade de Delhi, par exemple, j’ai pensé qu’il ne fallait pas choisir le jardin moghol mais le hall d’entrée, qui était en pierre, triste et austère, et qui comprenait quatre colonnes. J’ai trouvé que sur ces quatre colonnes, ce serait parfait.

BCJ: Les murs végétaux contribuent à une nouvelle esthétique de la ville. Quelle est votre ambition à cet égard ?

J’ai une ambition esthétique : je suis botaniste avant tout ! Je créé des falaises verticales et obliques. Je choisis des plantes différentes selon les villes, selon le climat. Dans les villes du Nord, on peut mettre  moins de plantes que dans les villes du sud. Plus il fait froid moins il y a de choix d’espèces : au Danemark il n’est plus que 50. A Avignon j’ai pu mettre plus de 400 espèces. A New Delhi, le  choix de plantes est restreint car il fait froid en hiver et chaud en été. Mais au marché de Bangkok, c’est formidable, il y a plus de 4000 à 5000 sortes de plantes ! Encore plus qu’au Japon !

BCJ: Envisagez-vous leur extension dans les quartiers sociaux ?

Un de mes projets concerne une cité de banlieue. Il est possible d’introduire la nature dans la ville entre des fenêtres d’HLM, les fameux 2,20 m qui séparent deux lignes de fenêtres, avec sur les côtés deux bandes accessibles par les fenêtres. Les habitants pourront s’approprier cet espace, choisir les plantes qui leur plaisent.  De mon côté, je prendrai en charge ce qui est pérenne, je tenterai d’assurer une viabilité sans trop de faute. Il faut une gestion du vivant. Une plante, c’est pour tout le monde. On doit la voir vivre et évoluer.

BCJ: Qu’en est-il des coûts ? L’économie ne constitue-t-elle pas un frein ?

Un mur végétal ne coûte pas très cher. Pour les plantes, il faut compter 250 à 280 euros le M2. On peut descendre à 160/180 euros si on en réduit le nombre de 30 à 10 au m2.  L’inconvénient est que cela prendra plus de temps. Le cadre métallique est ce qui est le plus cher. La plaque de PVC coûte +/- 30 euros ; le feutre, 8 euros. Les honoraires de l’architecte s’élèvent  de 12 à 15%
Après la plantation,  il y a l’entretien. D’abord le coût de la taille qui est de 2 à 3 fois par an (au quai Branly, 2  personnes, 2 jours par an. C’est peut-être trop peu ?) Puis le coût de l’arrosage : une ligne pour 100m2, 3minutes, 4 fois par jour. L’excédant peut être récupéré et réinjecté, mais une cuve de récupération, cela coûte cher.

BCJ: Pensez-vous que votre concept puisse être utilisé à grande échelle ?

Je n’ai pas d’angoisse à ce sujet ! La forêt a recouvert la terre pendant 10 millions d’années. Moi, je ne fais des murs végétaux que depuis 20 ans !
Je créé de la continuité : les racines se développent sur une surface, non sur un volume. C’est ce qui fait la différence avec ceux qui accrochent des pots où les racines sont confinées, Mon brevet mentionne cette notion de continuité et me protège. Il est peu défini, et c’est sa force.
Pour les séquences végétales, la façon d’agencer les plantes, c’est surtout la protection artistique joue. Comme pour Christo et ses emballages. Encore une fois je suis, à l’origine, botaniste.